Un salarié passe en CDI après plusieurs CDD dans la même entreprise, et personne ne mentionne la reprise d’ancienneté dans le contrat. Six ans plus tard, au moment d’un licenciement, le calcul de l’indemnité tombe à côté. Ce scénario, on le croise régulièrement en gestion RH, et il coûte cher, autant à l’employeur qu’au salarié.
Reprise d’ancienneté oubliée : pourquoi le problème passe inaperçu
La reprise d’ancienneté n’est pas un sujet que l’on traite au moment de l’embauche, sauf dans les grandes structures dotées d’un service juridique dédié. Dans une PME, le passage d’un CDD à un CDI se fait souvent avec un nouveau contrat rédigé à la va-vite, sans clause spécifique sur l’ancienneté acquise.
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Le problème reste invisible tant que le salarié ne fait pas valoir un droit qui dépend de son ancienneté : prime conventionnelle, durée de préavis, indemnité de licenciement, congés supplémentaires. C’est au moment du calcul que l’erreur remonte.
Deux raisons principales expliquent l’oubli. D’abord, la date d’ancienneté et la date d’entrée ne coïncident pas toujours, et beaucoup de gestionnaires de paie ne font pas la distinction. Ensuite, les logiciels de paie enregistrent par défaut la date de signature du contrat en cours, pas celle du premier contrat dans l’entreprise.
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Calcul de l’ancienneté : les cas où la reprise est automatique
Avant de chercher à corriger un oubli, on doit identifier si la reprise d’ancienneté était obligatoire dès le départ. Si c’est le cas, l’employeur ne peut pas s’y soustraire, même en l’absence de clause contractuelle.
Les situations où la loi impose la continuité de l’ancienneté sont précises :
- Transfert d’entreprise au titre de l’article L1224-1 du Code du travail : le contrat se poursuit avec le nouvel employeur, ancienneté comprise, sans qu’aucune formalité ne soit nécessaire.
- Passage d’un CDD à un CDI dans la même entreprise sans interruption : la durée du CDD est intégrée à l’ancienneté du CDI. En cas de CDD successifs sans rupture, l’ancienneté court depuis le premier contrat.
- Embauche d’un intérimaire par l’entreprise utilisatrice : la durée des missions effectuées dans les mois précédant l’embauche est déduite de la période d’essai, et peut influer sur l’ancienneté selon la convention collective applicable.
- Stage de plus de deux mois suivi d’une embauche : la durée du stage est prise en compte dans le calcul de l’ancienneté.
Si l’un de ces cas s’applique, la reprise d’ancienneté n’a pas besoin d’être écrite dans le contrat pour être due. L’absence de clause ne vaut pas renonciation du salarié.

Convention collective et ancienneté : vérifier avant de réclamer
En dehors des cas légaux, c’est la convention collective qui tranche. Certaines conventions prévoient la reprise d’ancienneté lors d’un changement de prestataire (perte de marché dans le nettoyage ou la sécurité, par exemple). Dans ces secteurs, le repreneur doit poursuivre les contrats en l’état, ancienneté incluse.
D’autres conventions accordent des droits supplémentaires liés à l’ancienneté (prime, congés) selon des paliers précis. Si la date d’ancienneté enregistrée en paie est erronée, le salarié peut passer à côté d’un palier pendant des années sans s’en rendre compte.
La fiche de paie comme élément de preuve
La date d’ancienneté mentionnée sur le bulletin de salaire fait foi en cas de litige. Si elle est incorrecte et que le salarié ne l’a jamais contestée, cela ne signifie pas qu’il a accepté cette date. Les retours varient sur ce point selon les juridictions, mais la Cour de cassation a rappelé que l’ancienneté se calcule à partir de la date réelle d’entrée en fonction, indépendamment de ce qui figure sur la fiche de paie.
En pratique, on conseille de conserver tous les contrats antérieurs (CDD, avenants, lettres de mission) pour pouvoir reconstituer la chronologie en cas de besoin.
Corriger une reprise d’ancienneté oubliée : les démarches concrètes
Quand on identifie l’oubli, la première étape est de rassembler les preuves de la relation de travail antérieure : contrats signés, bulletins de salaire, attestations Pôle emploi. Ces documents permettent de démontrer la continuité ou la succession sans interruption.
Demande amiable auprès de l’employeur
On commence toujours par un courrier écrit (recommandé avec accusé de réception) adressé au service RH ou à la direction. Le courrier doit mentionner la date réelle d’entrée dans l’entreprise, les contrats concernés et les droits impactés par l’erreur (prime d’ancienneté, indemnité, préavis).
Si l’employeur refuse ou ne répond pas, le salarié peut saisir le conseil de prud’hommes. La demande portera sur la rectification de la date d’ancienneté et, le cas échéant, sur le rappel des sommes dues.
Prescription et délai d’action
Les créances salariales (primes, indemnités) se prescrivent par trois ans à compter du jour où le salarié connaissait ou aurait dû connaître les faits. Agir rapidement après la découverte de l’oubli limite la perte financière.
Pour l’indemnité de licenciement, la contestation peut intervenir dans le cadre du délai de prescription applicable à la rupture du contrat. On ne peut pas réclamer vingt ans en arrière, mais trois ans de rappel de prime d’ancienneté représentent déjà des montants significatifs.
Employeur : anticiper le problème dès l’embauche
Côté employeur, la prévention passe par un réflexe simple : à chaque embauche d’un salarié ayant déjà travaillé dans l’entreprise (CDD, intérim, stage), vérifier si une reprise d’ancienneté s’impose au regard de la loi ou de la convention collective.
- Intégrer systématiquement une clause d’ancienneté dans le contrat, même quand la reprise est légale, pour lever toute ambiguïté.
- Paramétrer le logiciel de paie avec la date d’ancienneté réelle, distincte de la date d’entrée sous le contrat en cours.
- Lors d’un transfert d’entreprise ou d’une reprise de marché, auditer les dossiers individuels avant la signature pour identifier les anciennetés à reprendre.
Un oubli de reprise d’ancienneté ne disparaît pas avec le temps. Il ressort au pire moment, lors d’un contentieux ou d’un plan social, quand les montants en jeu sont multipliés par le nombre de salariés concernés. Mieux vaut traiter la question dès le jour de la signature du contrat que de la découvrir sur une ligne de calcul d’indemnité, plusieurs années trop tard.

